Avocat et justicier

AVOCAT et JUSTICIER

 

Cette nouvelle de l'écrivain Maria T Carleveris, lui a été inspirée par la fin tragique de l'avocat Maître Scipilliti poussé au suicide par son bâtonnier Maître Vannier. ( voir aussi dans ce même blog l'article intitulé Maître Scipilliti)

Elle est extraite du recueil  Brisures et déchirements

Blog : Vitaclara.com

 

Messine, Sicile, Italie du sud, 25 décembre 1951 : un cadeau de Noël : Un bel enfant naît. On lui donne le prénom de Giuseppe, le père de Jésus. Si c’était une fille, on l’aurait appelée Maria. Très croyants, ses parents sont de condition modeste, le père dans le bâtiment, la mère dans l’assistance aux personnes, mais ils se promettent de tout faire pour que leur fils devienne « quelqu’un ».

Il grandit bien, il est un bon élève, attentif, appliqué et perfectionniste. Il a un sens aigu de la justice, même entre camarades. Il a tendance à réfléchir longuement avant de parler et ensuite il se prononce par des mots posés, lucides mais parfois rébarbatifs. Il a toujours l’air d’être sûr de ce qu’il pense et qu’il dit. Il ne cède pas : il est convaincu d’avoir raison.

Il veut devenir avocat, pour défendre des causes justes. Il est assidu, ça le passionne. Il est gai, sa vie a du sens, une intention dirigée qui le motive. Plein de confiance et d’espoir il se lance dans des études acharnées de droit, mais il comprend vite que la Sicile, pays de la Mafia, n’est pas le bon lieu pour exercer.

Il se dispute avec son père, qui lui dit qu’il doit « s’adapter ». Non, il ne veut pas s’adapter. C’est vil. La mafia rode ? Tant pis : il s’en ira. Sa mère pleure : elle voudrait qu’il reste dans la région, pour être fière de lui, mais la profession d’avocat en Sicile est dangereuse ou pourrie.

Son père a travaillé quelques années en France, à Argenteuil, et l’appellatif péjoratif de ‘rital’ l’humiliait (bien que ce ne soit que le diminutif d’ital-ien avec une lettre ‘r’ devant).

"Les français sont chauvins, dit-il à son fils. Méfie-toi ! "

Mais les temps ont changé. Il n’y a presque plus d’immigrés pauvres du sud ou du nord de l’Italie. Ils vont en France en touristes, en étudiants ou étant déjà couverts de diplômes. L’Italie est riche, maintenant. Elle exporte…elle a d’excellentes industries, des manufactures appréciées…

Une fois terminés ses études, il décide de partir en France, lieu, à son sens, de la « liberté, fraternité, égalité », pays des droits de l’homme.

Il refait des études de droit -abrégés par son doctorat-, il apprend bien la langue, il est heureux de pouvoir travailler dans ce pays égalitaire où, croit-il, la vraie justice règne.

Il est socialiste, il soutient les droits des hommes à avoir une situation et une reconnaissance digne et juste. Mitterrand est au pouvoir. Des scandales éclatent. L’affaire Bérégovoy le touche profondément. On dit que Mitterrand le méprisait, le faisait sentir inférieur (le ministre était autodidacte), l’excluait du cercle de ses proches. Bérégovoy, humilié, avait fini par se suicider. C’était un homme bien, bon, honnête : son geste le trouble, l’affecte profondément. Il voit le côté sombre du parti, d’idéaux qui ne sont que des propagandes et non des réalités, non, pas toujours, de moins en moins, d’ailleurs.

Il voudrait adhérer à un véritable parti socialiste, juste, égalitaire, mais il se rend compte que ce n’est pas le cas, dans les faits. Les hommes politiques tiennent à leur pouvoir, ils sont arrogants, ils baignent dans la corruption.

Alors il quitte le parti, il quitte la politique, bien que tout soit politique dans la vie, dans les choix. Il est très déçu. Il est venu en France à cause de son idéal et il le voit s’écrouler. Lui, qui était engagé, heureux, commence à s’enfermer, à se sentir trahi. Il a fait le choix de quitter son pays natal pour une raison qui ne vaut plus rien. Son métier, il le concevait comme une mission, une vocation, une croisade. Elle n’en est pas une, il le voit bien dans les tribunaux, où les avocats intriguent, complotent, se mettent d’accord, font des compromis.

Les avocats plus en vue, sont les arrogants, ceux qui se font le plus d’amis parmi les confrères, les juges, les bâtonniers, qui sont prêts à tout pour leur succès.

Droit, susceptible, il se sent regardé de haut : un petit avocat de banlieue.

Il ne lie pas avec les confrères. Il les méprise car il ne les juge pas honnêtes, intègres. Ils sont narcissiques, imbus de leurs personnes. Ce n’est pas ça qu’il veut. Il a quitté la Sicile pour fuir un système corrompu et il le retrouve dans cette terre d’élection, moins ouvertement, certes, mais dans la substance, sous couvert, avec plus de diplomatie, c’est pareil.

Il est embauché par un cabinet, mais il n’a pas envie d’avoir des chefs au-dessus de lui : ça l’obligerait à obéir au système.

Alors, le jour prévu de son début d’activité, il ne se présente pas. Il a réfléchi : non, ce n’est pas ça qu’il souhaite. Il refuse. Il ne donne pas d’explications. Il a changé d’idée, c’est tout.

Il n’a pas les moyens de se payer un logement et une étude à Paris, alors il s’installe près de Melun, en Seine et Marne, dans une petite ville où vivent beaucoup d’immigrés, pour la plupart musulmans. Il trouve une maison à deux étages, dont le rez-de-chaussée lui servirait de cabinet. Elle est située dans une rue pavillonnaire quelconque : pas l’idéal pour être en vue, mais il ne peut pas s’offrir mieux. Certes, le centre-ville serait plus porteur.

La maison est tout ce qu’il y a de plus banal : un grande boite rectangulaire sans fantaisie, blanche, aux volets métalliques blancs Deux-trois mètre la séparent de la rue, fermée par une clôture en plaques et barreaux blancs. Toutes les clôtures sont identiques. Les maisons sont alignées. A l’arrière il y a un jardinet : pelouse et un arbre qui peine à grandir. Des deux côtés, des pavillons, de moyenne allure. A gauche il y a le même cube rectangulaire, peint en jaune, en tout point semblable au sien. Toute la rue est pavillonnaire : de la petite bourgeoisie. Mêmes espaces avant et arrière pour tout le monde.

La rue est peu passante. Il s’ennuie. Il a apposé sa plaque d’avocat. Les clients sont rares. Il vit seul, il n’a pas d’amis. Les femmes ne l’intéressent pas. A part son travail, rien ne l’intéresse. Le soir il regarde les informations, il zappe entre les infos françaises, italiennes et mondiales. Il regarde quelque film policier, des reportages qui traitent de crimes, d’abus divers, de son métier…

Les factures des cotisations en tant que professionnel libéral commencent à tomber, lourdes. Il faut qu’il paye son adhésion à l’ordre des avocats, aussi, tous les mois, même s’il ne perçoit pas ou peu d’honoraires. La taxe d’habitation est assez chère, car c’est une maison (et non un appartement) et elle est située dans une petite commune, avec peu de commerces (ce sont eux qui rapportent à la Mairie), qui feraient baisser les taxes.

De surcroît, il doit payer la taxe professionnelle.

Il se sent oppressé par tout cet argent à sortir (en plus du loyer), argent qu’il n’a pas. Que faire ? Où le trouver ?

Il est préoccupé, anxieux, il dort mal la nuit. Il a peu d’appétit, n’a pas envie de se préparer à manger : la plupart du temps ce sont des pâtes.

Il ne parle à personne de ses soucis : c’est un taciturne, solitaire et discret.

Par ailleurs, ça serait une humiliation, un aveu d’échec. C’est un ambitieux.

Même à sa mère il ne dit rien. « Tout va bien, maman, ne t’inquiète pas ».

Avec son père il n’échange plus, depuis qu’ils se sont fâchés, lors de sa décision de quitter l’Italie, la Sicile, île mafieuse, arriérée et violente.

Il n’y retourne plus. Il déteste la mentalité de ses concitoyens du sud.

Mais il souffre du manque d’ensoleillement, de la gaité et de la spontanéité des gens auxquels il était habitué en Italie : ici, chacun est reclus, rideaux tirés, stores baissés, volet mi-clos ou fermés. Un bonjour entre les dents, c’est tout ce qui s’échange, en ces lieux, à l’occasion : quand on sort ou on rentre les poubelles, quand on passe devant un voisin… Son allure n’est pas accrocheuse non plus : sérieux, austère, concentré. Il intimide. On ne va même pas volontiers chez lui si on a besoin d’un avocat, à cause de sa personnalité. On ne le trouve pas sympathique, affable, cordial.

Il est comme ça : il n’a pas à se vendre, à plaire. Il fait son travail, c’est tout. Il n’est pas un commercial, ni un cireur de chaussures.

 

Acculé par les dettes qu’il ne peut pas payer, il dépose bilan. Circulez, il n’y a plus rien à voir. Stop aux cotisations mirobolantes, assassines. On tue l’emploi en France, pense-t-il. On tue les créateurs d’entreprise. On tue la motivation, l’envie de faire. Et puis on se plaint de la crise…

 

Deux ans, seul, à rien faire, à cogiter, à survivre avec ce qui lui reste, modestement. Ce n’est pas bon pour son moral, qui baisse vertigineusement.

Il devient dépressif, agoraphobe, paranoïaque. Il dort peu et mal. Il fait des cauchemars : il rêve qu’il grimpe une montée raide vers un train, portant des valises très lourdes, les jambes pesantes, le souffle court : il se presse anxieux, il ne doit pas rater ce train. Et il le rate. Il reste là avec ses valises. Il se réveille, en panique.

Toujours le même rêve, angoissant.

 

Il décide de voir un neurologue, explique ses symptômes, avec parcimonie, humilié. Il faut qu’il trouve de l’aide, il s’en rend compte. Il doit remonter la pente.

Le médecin l’écoute avec circonspection et sérieux, comprend la gravité de sa situation. Seul, reclus, sans travail… c’est très mauvais. Il faut qu’il prenne des antidépresseurs, des anxiolytiques et des somnifères. C’est la seule solution.

Il faut qu’il essaie de sortir en ville, qu’il voie du monde, qu’il envisage un projet d’avenir, qu’il se reconstruise. N’a-t-il pas des amis ? « Non » répond-il.

Qu’il fasse du bénévolat avec ses compétences d’avocat, plutôt que de rester sans rien faire. C’est bon pour son moral et pour sa vie sociale. C’est indispensable.

Il le fera. C’est une idée viable, dit-il.

 

Il rentre, prend les médicaments et se met à chercher des associations qui pourraient l’intéresser, qui pourraient, elles, avoir besoin d’un avocat.

Il en trouve. Il analyse attentivement leurs profils sur internet, leurs besoins, leur revendications. Par vengeance et déception, il devient politiquement de droite.

 

Il trouve l’Association X, présidée Par B.F., ancienne enseignante poursuivie pour des propos islamophobes. Il la contacte. Il lui propose son assistance bénévole.

Ils passent des heures à échanger sur l’état du pays, de la politique, de la magistrature, des lois. L’amitié de la femme lui fait du bien. Sa cause le motive. Il y croit. Il n’est pas raciste, non, mais il faut arrêter les incivilités. Pourquoi laisse-on faire ? A-t-on peur ? Peur des réactions, des désordres qui pourraient survenir ? Etat lâche. Magistrature lâche. Tout ce qu’il déteste.

Il est droit dans ses bottes. Il refuse ce système.

On tolère, on ferme les yeux, pour éviter les problèmes, les manifestations…

 

Il publie plusieurs articles dans un journal proche de la mouvance de l’association (plutôt d’extrême droite). Tant qu’à faire des virages, il vaut mieux virer à droite toute.

Dès 1991 il prend des notes dans un journal. Il y exprime ses pensées, ses sentiments à l’égard des lois, de la conduite des audiences et des sentences, de la République, de la législation, de la politique. Il décrit les événements qui l’intéressent et y enregistre son jugement.

C’est aussi une manière d’entretenir son cerveau, sa réflexion, de s’ «exercer ».

Ça lui fait du bien. Parler à un journal c’est salutaire. On évacue. On n’oublie pas. On forme et on entretient un fil conducteur, du sens. Au lieu de laisser divaguer ses pensées, il les couche sur papier et tout lui paraît clair, logique.

 

Un homme de la mouvance islamique s’était constitué partie civile contre B.F., la femme présidente, son amie, au nom d’une association musulmane.

Il reprend son activité d’avocat. Il la défend, bénévolement.

Au procès, dédaigneux, il balance le dossier sur le banc des avocats de la partie adverse, au lieu de le remettre courtoisement en main propre. C’est ressenti comme une insulte, un manque de respect. Il s’en fout, il n’est pas là pour faire des manières. Il n’est pas là pour gagner de l’argent. Il est là pour défendre des convictions.

 

« Mais quand même… » pense l’assistance. Les gens sont choqués.

Le contact entre les avocats est pour le moins « inhabituel ».

Froid, distant, de la part de l’avocat de B.F. et de l’association qu’elle préside.

Il ne déclare aucun revenu, il n’y en a pas. L’association et B.F. contribuent modestement par des dons.

Son loyer n’est pas payé. Tant pis. On ne peut pas l’y contraindre. Il est endetté, sans revenus, malade. Au pire des cas, il se fera déclarer en grave état de santé : impossible de l’expulser, dans ce cas. Les procédures en France sont longues et coûteuses. Les propriétaires craignent de s’en prendre à un avocat. Il leur promet qu’il payera quand il aura des entrées d’argent.

Au lieu d’engager un légiste et une procédure à temps indéfini et chère, qui ne mène souvent à rien, ils attendent, conscients de l’improbable suite.

Ce sont des personnes âgées, à la retraite, partis vivre dans le sud. Ça serait un casse-tête, des déplacements… Ils sont aigris, déçus, mais ils laissent aller.

Ils avaient été fiers de louer leur maison à un avocat. Ils déchantent. Ils regrettent. Mais il est trop tard. Ils n’ont même pas pris une assurance sur le paiement des loyers. Heureusement ils sont propriétaires de leur appartement de deux pièces dans le sud et ont une discrète retraite. Ils peuvent vivre avec ça. Leurs enfants ne veulent pas s’en mêler, les aider. Trop occupés : famille, enfants, travail, éloignement…

Ils devraient entretenir la maison : la toiture est en mauvais état. Ils ne le font pas, et lui, à part le fait de leurs signaler les dégâts et à les déclarer à son assurance habitation, ne prétend rien. Il y a des infiltrations. Tant pis. Il met une bassine au sol et la vide tous les jours.

L’assurance répond que c’est de la responsabilité des propriétaires, l’entretien régulier du gros ouvre. Il le sait, naturellement. Ça fait un bon point pour lui : manque d’entretien, état insalubre.

Il en est même content. C’est un prétexte, mieux, une cause réelle, soutenable avec raison et dignité.

 

Les années passant, sans résultats, les propriétaires font réparer le toit et engagent une procédure. Il faut en finir. Ça durera, mais ils y arriveront bien un jour.

Il reçoit les lettres de mise en demeure, d’injonction de payer de la part d’un Cabinet d’huissiers et avocats. Il s’en fout. Il les jette à la poubelle. Néanmoins ça le torture, sa situation précaire, le peu d’estime que lui témoignent ses confrères avec lesquels il ne lie pas.

 

Il fait l’objet d’une mise en garde de la part du bâtonnier pour son comportement peu respectueux au tribunal. On le tient par paranoïaque, dépressif. On l’évite. Il fuit les autres, de même. Son visage est pâle, émacié ; le regard est triste mais enragé, noir, derrière ses fines lunettes.

Il ne va jamais au bistrot des avocats en face du tribunal, boire un verre avec eux, comme c’est de coûtume.

Il les méprise et les déteste, tous. Achetés, arrogants, prêts aux compromis, aux accords secrets entre parties opposées. Lui ne fait pas ça. Il refuse.

 

Quelques clients viennent le voir pour leur problèmes d’accumulation de charges impayés, afin qu’il plaide en leur faveur. Il essaie. Un client agriculteur qui doit plus de 20.000E de taxes et cotisations, se suicide. Le procès s’arrête là, et ses honoraires aussi.

 

Il entretient une bonne amitié avec la présidente de l’association X, dont il est

l’avocat. C’est la seule à partager ses idées, à le comprendre. Mais il tient à rester bénévole. Il ne veut pas de malentendus. C’est une cause juste, il y participe.

 

Un nouveau bâtonnier est nommé, jeune, énergique, sûr de lui, autoritaire.

Il le convoque pour ses propos islamophobes, « inadmissibles ». Il lui signifie qu’il risque une suspension d’exercer pendant trois ans à titre de sanction.

Il s’acharne sur lui, le convoque plusieurs fois, il l’humilie (ainsi pense-t-il).

Lui, réagit violemment, jusqu’à l’insulte. Ça devient une affaire personnelle entre les deux hommes, qui se haïssent.

Que sait-il, lui, jeune tel qu’il est, de la vie, des distorsions du système judiciaire, des injustices sociales, des souffrances des victimes ? Comment ose-t-il parler de la sorte à plus âgé et expérimenté que lui? C’est un fonctionnaire, il ne connaît pas les obligations financières des professions libérales.

Le bâtonnier est le patron des avocats : il fait son métier et entend se faire respecter. Ses regards en disent long quant à son jugement de l’avocat. Ils sont méprisants, sarcastiques, suffisants. Il est autoritaire, il somme, il commande.

 

Au bout de deux longues années de procédure, le Cabinet d’avocats des propriétaires lui signifie la décision du Tribunal de l’expulser. Ça sera fait avant la période hivernale, quand les expulsions sont interdites. A la troisième année, la sentence est transmise à l’huissier et à la police, chargés d’intervenir au plus tard le 29 octobre. Cette fois, ça y est : ils vont entrer de force chez lui.

 

Dans la même semaine, il est convoqué pour la énième fois chez le bâtonnier qui entend lui confirmer formellement son interdiction d’exercer pendant trois ans : il en a 62. Que deviendra-t-il ? La convocation a été précédée par une lettre recommandée mentionnant l’objet de l’entretien, obligatoire.

 

Le sort veut que les deux événements, qui vont détruire sa carrière et son existence, coïncident. La vie semble s’acharner sur lui, vouloir le démolir. Il se demande pourquoi. Une mauvaise conjonction astrale ?...

 

Maintenant c’est fini, vraiment fini. Il est froid, lucide, déterminé. Il n’a plus d’espoir. Il écrit ses dernières lignes dans son journal, qu’il envoie le matin à sept heures à son amie de l’association, lui demandant de le divulguer. Elle ne le reçoit qu’à neuf heures quand elle ouvre sa boite e-mail.

 

Il va au Tribunal. Il dit au bâtonnier que lui, fonctionnaire haut-gradé, n’est qu’un exécutant, un larbin, un rouage d’un système injuste et sans humanité.

« Je ne suis pas à mon poste pour faire de l’humanitaire mais pour faire respecter l’ordre » lui répond-il.

« Même si l’ordre est injuste ? »

« Et qui êtes-vous pour juger, pour qui vous prenez vous ? » répond le bâtonnier. « Ouvrez les yeux : vous êtes un insoumis de nature, un raciste et vous êtes dépressif grave ! Un raté !»

L’avocat ne répond pas. Il sort une arme de la poche interne de sa veste et tire trois fois sur l’homme qui lui fait face.

Il le blesse, mais ne le tue pas.

Lorsque le bâtonnier lui demande d’avoir pitié pour ses deux enfants, de ne pas lui tirer en pleine figure afin qu’ils puissent le voir mort en l’état, l’avocat éprouve de la compassion.

Il retourne l’arme contre lui même, la met dans sa bouche et tire.

Lui, l’insoumis, la victime, le persécuté, a eu pitié de son bourreau : il lui laisse la vie sauve, alors que ce dernier n’en a pas eu pour lui…de la compassion.

Une belle leçon, mais ce n’est pas du tout certain qu’elle ait été comprise…

Le bâtonnier se dit « heureux » d’être en vie… pas de remords…

Il passe à la télévision, il devient une petite star, un héros… Il n’a rien compris.

Il soutient qu’il était très malade, dépressif, parano.

Un mort de trop. Une mort injuste.

 

Marie est écrivain mais elle est aussi coach en développement personnel et vous pouvez la retrouver sur son blog

Vitaclara.com

 

 

>

 

 

 

>

>

>

 

> --

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0